Ringard, le Lied ?

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Si vous le pensez, c’est que vous n’en avez pas entendu de l’authentique… ou que ce n’était pas du Lied!

Le Lied est, comme la musique de chambre pour l’art instrumental, la quintessence de l’expression vocale, le lieu des plus fines confidences créatrices, le mariage absolu du juste mot et de la juste note.

Servez-le avec finesse et il vous offre le plus magique des spectacles imaginaires. À l’image de la mezzo-soprano Antoinette Dennefeld et du pianiste Lucas Buclin, réunis fortuitement en 2007 à la faveur d’une masterclass à la Haute école de musique de Lausanne (où ils ont étudié tous deux) et qui depuis se sont pris de véritable passion pour le genre.

Un genre? Des genres – des univers multiples comme peuvent l’être les textes qui les portent, vecteurs de mille et une émotions, mille et une cultures. Les récitals des deux jeunes artistes ne se limitent pas au seul Lied allemand, cœur certes du répertoire mais source également de malentendus, d’idées reçues sur le caractère soi-disant monolithique de cette musique.

Lied allemand, oui, mais aussi mélodie française, russe, norvégienne, chansons d’hier et créations d’aujourd’hui: le fameux poète romantique sur sa falaise n’est pas seul à occuper la scène. À l’instar d’opéras miniatures, on voltige d’un univers à l’autre, porté par des mots évocateurs mais aussi par des gestes – ah! la présence sensuelle et entière d’Antoinette Dennefeld! – et des lignes mélodiques qui achèvent de mettre de la couleur et du mouvement dans les images de notre esprit.

Antoinette et Lucas racontent des histoires, et dès lors qu’ils le font avec conviction et justesse, nul besoin d’autres accessoires que ceux reçus de Dame Nature. Pour seul décor: un jaillissement musical incandescent, agencé selon un ordre subtilement réfléchi – le dosage, l’alternance sont ici plus qu’essentiels.

Et bien sûr l’harmonie: seuls sur scène, ils ne peuvent compter que sur l’autre pour délivrer leur message. La fragilité de ce dialogue participe largement du frisson qu’il suscite.

Osez le Lied, la mélodie – l’opéra de l’imaginaire! Osez Antoinette et Lucas qui le subliment tout en le dépoussiérant! Les émotions fortes ne sont pas forcément là où l’on pense… « 


Antonin Scherrer, février 2013